L'une des performances fortes de la séance à laquelle j'ai assisté est sans doute possible celle de Sylvie Cotton. Une partie du public a été invitée à s'asseoir en cercle sans savoir à quoi s'attendre. Comme une trotteuse, l'artiste s'est arrêtée devant chaque personne, proposant chaque fois un échange - vêtement, apparat, objet - de telle façon que ses propres possessions se sont vues disséminées parmi le public et que tout à la fois, elle a revêtu les vêtements et apparats des participants semi-volontaires.
Ce faisant, Cotton prenait un peu de l'identité de l'Autre - le vêtement n'est-il pas fortement associé à l'identité dans notre société du paraître? Ainsi, elle devenait un peu l'Autre, mais plus encore, faisait corps avec le public.
Quelques points intéressants à noter:
- par tous ces échanges, l'artiste en est venue à devoir échanger des objets qui, en première instance, appartenaient à des gens du public. De cette façon, elle n'a pas créé qu'un prétexte pour elle-même rencontrer les gens (ce qui est très fréquent, même lassant, en performance; c'est comme si on voulait tellement rappeler que la perf n'est pas théâtre qu'on s'acharne à donner des coups de hache dans le quatrième mur...); elle a aussi forcé les participants à se rencontrer les uns les autres. Parce que bien sûr, à la toute fin, chacun devait se réapproprier son ou ses objets, et pour cela, entrer en relation avec des inconnus.
- les participants ont été justement, pour la plupart, très participatifs. Les échanges sont allés très loin, passant par l'échange de baisers, même l'échange de sous-vêtements. «Il fallait que ça se rende jusqu'à la peau...» a-t-elle affirmé ensuite à l'un des participants. Touché!
Photos: tous droits réservés, Jean-François Caron.


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